Campagnes à l’honneur

14 novembre 2017.JeliaFr.0 Likes.0 Comments

Jusqu’à la fin de l’année 2017, les campagnes d’Auvergne sont à l’honneur à Clermont-Ferrand. Retour sur un siècle de ruralité qui a vu le Puy-de-Dôme se transformer. Un retour parfois difficile dans le passé d’un monde et d’une activité dont seules les peines changent. 

Jusqu'à la fin de l'année, l'exposition la ruralité c'est dépaysant au Conseil Départemental du Puy-de-Dôme

Jusqu’à la fin de l’année, l’exposition la ruralité c’est dépaysant au Conseil Départemental du Puy-de-Dôme

L’exposition : La ruralité, c’est dépaysant !

Dans le hall du Conseil Départemental du Puy-de-Dôme, des dizaines de clichés d’antan viennent entourer les oeuvres de 10 photographes contemporains (un photographe exposé par semaine). Vous avez déjà pu voir, entre autres, le travail tout en noir et blanc et en finesse de Nicolas Anglade. Celui plus journalistique et puissant de Camille Mazoyer. Ou encore les portraits intimistes et de proximité des voisins de David Frobert. Vous retrouverez également jusqu’à la fin de l’année les photos d’Elyas Saens, de Christophe Darbelet, de Ludovic Combe ou encore de Gael Trijasson.

La scénographie est soignée. Une sorte de spirale, qui vous entraîne dans la ruralité et dans l’émotion. Celle d’un monde qui bouge et qui mute. Celui de la campagne, grignoté chaque jour un peu plus par l’expansion urbaine, par la folie commerciale, par la grande distribution épouvante.

Les douleurs, la dureté, un mode de vie toujours à part, caractérisent les paysans d’hier et d’aujourd’hui, dans des lieux si proches… et pourtant pour la plupart d’entre nous déjà trop lointains. Des scènes de la vie ordinaire, du labeur des champs à la décompression du dimanche, des marchés « sur son 31 » aux tâches ménagères les plus cassantes. Des noms de hameaux que certains ne croisent maintenant que sur google Maps ou dans les pages de La Montagne : Anzat-le-Luguet, Combronde, Plauzat…

Des villages que l’on croit connaître, des scènes qui nous rappellent souvent les albums de famille, et les mots de Cécile Coulon qui viennent donner plus d’intensité encore à cette exposition importante et imposante. Un vrai coup de cœur pour ces photos anciennes, pour ces bouts de vie désormais disparus ou presque. On passerait des heures à contempler ces scènes ordinaires, banales peut-être, tellement réelles en tout cas !

Scène de vie, quelque part en Auvergne au début du siècle. Ces jeunes partiront à la guerre, quelques années plus tard ...

Scène de vie, quelque part en Auvergne au début du siècle. Ces jeunes partiront à la guerre, quelques années plus tard…

Un village auvergnat, parmi tant d'autres, au début du siècle !

Un village auvergnat, parmi tant d’autres, au début du siècle !

La scénographie mêle les nombreuses photos d'archives, aux clichés plus contemporains d'une dizaine d'artistes.

La scénographie mêle les nombreuses photos d’archives, aux clichés plus contemporains d’une dizaine d’artistes.

Les Archives : Partie de campagne

Jusqu’au 14 décembre, retrouvez aux archives départementales à Clermont-Ferrand, une exposition qui complète celle du Conseil Départemental. Partie de campagne, retrace en photos et vidéos d’archives, les loisirs auvergnats depuis plus de 10 ans. De la randonnée aux courses automobiles, des pique-nique dans les volcans aux matchs de rugby, les citadins du Puy-de-Dôme ont réussi à filmer et photographier de vraies tranches de plaisirs et d’Histoire dans toutes les campagnes auvergnates.

Partie de campagne - Exposition jusqu'au 14 décembre aux archives départementales de Clermont-Ferrand.

Partie de campagne – Exposition jusqu’au 14 décembre aux archives départementales de Clermont-Ferrand.

La projection : Auzat, l’Auvergnat

Auzat, en Haute-Loire. Petit bourg, vedette pour quelques minutes du documentaire réalisé par Arnaud Fournier-Mongieux. Sur les traces de son grand-père, et de ses images glanées ici dans les années 60, le documentariste nous révèle l’Histoire de ce village et de ses habitants. Le témoin des milliers d’autres hameaux de France qui, bien loin de l’image de mort qu’on leur donne, tentent partout de se réveiller, de se révéler. Un documentaire à découvrir lors d’une séance spéciale le 24 novembre à 19h, à la chapelle des Cordeliers.

Le film qui tombe à pique : Sans adieu

Le Rio, dont la programmation est toujours passionnante, nous a offert un film documentaire comme on en fait rarement aujourd’hui. Sans Adieu nous parle du Forez, cette terre de plateaux qui rassemble toute la campagne du Massif Central. Des images brutes, retravaillées juste ce qu’il faut, nous montrent avec surréalisme la situation de plusieurs paysans auvergnats aujourd’hui. Des scènes inouïes, dures, d’un drame bien réel. Les nombreux plans d’intérieur font froid dans le dos. Difficile, bien lovés dans nos fauteuils et la chaleur du cinéma, de croire que le XXIe siècle est toujours aussi ingrat pour une partie de nos concitoyens. Et pourtant, ces hommes et femmes ont donné leur vie à la terre et à l’agriculture. Pour rien, ou presque.

Claudette se bat, à 75 ans, contre les banques et les assistantes sociales, perdue entre des réclames et un monde qu’elle ne comprend pas. Son chien Titi pour meilleur compagnon, elle va jusqu’à dormir dans sa vieille voiture. Jean-Clément qui voit tout son troupeau abattu à cause de la vache folle, et de ces granulés, vendus par les géants de l’agro-alimentaire. Sa femme l’accompagne, pour voir une dernière fois ses vaches devant des administrateurs impuissants, inconscients, loin du terrain. Il y a aussi Jean, Christiane, Raymond, qui portent sur leur dos déjà trop voûté tout le fardeau d’un mode de vie et d’un monde voué à disparaître. Tous le savent, mais pudiquement ne réclament aucune aide, s’isolent et s’éloignent un peu plus d’une France qui marche à l’envers.

Un témoignage puissant, réalisé pendant plus de 10 ans par le photographe Christophe Agou, décédé brutalement peu avant la fin du montage. Un objet cinématographique rare, à l’heure ou Disney met le paquet pour sortir un nouvel épisode de Star Wars chaque année. Christophe Agou a pris le temps de s’imprégner de cette campagne qu’il a côtoyé, de s’immiscer dans la vie de ces ermites forcées, de rester fidèle à cet éloge de la lenteur et de la beauté crue. Un film au long terme, sur un monde qui vit encore, péniblement.

 

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