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Oradour-sur-Glane - Photo Archive - France Info

Alors que nous roulions sur la N141 entre Angoulême et Limoges, nous avons dérouté notre véhicule en direction d’Oradour-sur-Glane. Cette plaie, encore ouverte, est un lieu de mémoire et de passage « obligé » lorsque l’on visite le Limousin. Le 10 juin 1944, le jour s’est levé comme d’ordinaire sur la région. En ce samedi, le village paisible d’Oradour-sur-Glane s’animait, et puis…

… et puis vers 14h est entrée par la rue principale la compagnie de Waffen SS « Das Reich », encerclant peu à peu le village. Ordre a été donné à tous les habitants, de gré et parfois de force, de se rassembler sur le champ de foire, au cœur d’Oradour. Pourquoi ces soldats allemands étaient là, eux qui avaient finalement été très discrets dans le coin durant la seconde guerre mondiale ? Avait-on dénoncé les habitants, qui accueillaient alors en zone libre depuis 1940 des immigrés espagnols « républicains », des réfugiés d’Alsace ou des enfants juifs ? Cherchaient-ils des maquisards qui, depuis le débarquement et même avant, luttaient en nombre dans la région de Limoges ? Était-ce un simple contrôle d’identité, le dernier peut-être avant la Libération alliée ?

Pas de quoi inquiéter les habitants du village et des hameaux alentours, qui étaient venus en ce samedi jour de marché et de distribution mensuelle du tabac, toujours rationné. La tension est montée d’un cran lorsqu’un enfant, issu de l’école Lorraine, a décidé de fuir à travers les bois. Les balles des allemands ne l’auront qu’effleuré. Il sera le seul bambin a échapper à la barbarie. Hommes, femmes et enfants sont rassemblés. Il est encore possible de saluer ses voisins, ses amis, de parler du débarquement, du prochain match de football…

Puis les Allemands rassemblent les hommes, en groupe de 6, qu’ils dispatchent chacun dans une grange du village. Les femmes et les enfant sont conduits au bas, dans l’église. Dans les granges, des mitrailleurs se postent à chacune des entrées, face aux habitants. L’incompréhension est grande. À 16h, un bruit retentit, une fusée peut-être. C’est en fait un signal, celui du sang et de l’atrocité. À partir de cet instant, la vie d’Oradour va basculer.

642 victimes, hommes, femmes et enfants

16h, l’heure habituelle du « goûter », l’heure ou les enfants sont libres et vont jouer. Les mitrailleuses allemandes crachent leur venin jusqu’à épuisement sur les hommes, les femmes et les enfants. La « boîte » déposée dans l’église quelques minutes plus tôt laisse échapper des gaz toxiques. Les SS lancent des grenades dans l’église et tuent quiconque essaie de s’extirper du lieu saint. Seule Madame Rouffanche réussira miraculeusement à s’évader par un vitrail. Après une chute de plus de 3 mètres et de nombreuses blessures, elle se cachera durant des heures dans une maison à proximité.

Dans la grange Landy, 5 hommes seront sauvés par les corps de leurs camarades tombés sur eux. Après de longues minutes, ils réussiront à se cacher dans une grange voisine et quitteront le village dans la nuit, parfois gravement blessés. À partir de 19h, les SS commencent à évacuer la zone. À 19h30 le tramway de Limoges approche, il est stoppé à l’entrée du village toujours en flamme. Les habitants d’Oradour sont priés de descendre ici, les autres de repartir vers Limoges. Ils sont une vingtaine, à voir leur hameau partir en flamme et n’avoir aucune nouvelle de leurs familles. Eux aussi, sont priés de se rendre dans une grange. Ils auront la vie sauve, une « chance » selon les soldats allemands, pour eux qui auront tout perdu en ce jour maudit.

L’incendie cessera dans la nuit. Le lendemain matin, tôt, la compagnie « Der Führer » reviendra pour masquer les traces du massacre. Une fosse commune géante sera creusée, où viendront s’entasser les corps et les cendres. Etape de plus dans l’horreur, puisqu’une grande partie des corps ne sera pas identifiable par la suite et ne pourra être enterrée dignement. Les soldats n’auront pas le temps de finir leur « travail » et quitteront définitivement la région le 12 juin, laissant derrières eux un village martyr.

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