Le Cévenol, un parfum de vacances (1/2)

S’il n’y en avait qu’un. Un seul à conserver dans ma mémoire. Ce serait celui-ci.

C’est une histoire d’amour qui a débuté il y a 25 ans avec ce train. Une rencontre avec cette ligne déjà mythique pour les passionné.e.s mais totalement inconnue et nouvelle pour moi.

Le Cévenol en gare d'Issoire

Le Cévenol en gare d’Issoire

Le Cévenol, allié fidèle des vacances

J’avais 5 ans, peut-être 6. C’était au retour de La Ponge. Ce nom bizarre qui pour moi, minot, sonnait comme un lieu connu de toutes et tous. Quand ma maîtresse me demandait où j’allais pour les vacances, je répondais simplement La Ponge. Comme d’autres auraient dit Agde, Palavas, la Tranche… Ce hameau suffisait à lui seul à mentionner ma prochaine destination. Pas d’autres explications. Ma mère ou mon père avaient dû en parler à mon enseignante. Elle faisait mine, en tous cas, d’avoir parfaitement compris.

J’allais me retrouver, pour un été encore, dans les douces pentes du Mont-Lozère. À Saint-Frézal de Ventalon, dans la maison familiale où mes arrières grands-parents vécurent, où ma grand-mère naquit.

(Presque) Chaque été la même ritournelle. La Ponge était à coup sûr sur la route des vacances. Et si elle n’y était pas, on redessinait les cartes pour le détour. Dans le sud des Cévennes, on était à quelques heures de la Méditerranée. On venait alors flâner dans les forêts de châtaigniers pendant plusieurs jours, parfois semaines.

Le Cévenol, ce train reliant Paris à Marseille par le Massif central, je l’ai donc découvert au retour de La Ponge. Mon grand-père avait décidé, cette année-là, que je ne retrouverais pas mes parents à Clermont-Ferrand en empruntant la route. Une décision qui masquait à peine l’intérêt qu’il portait lui-aussi pour ce chemin de fer.

La gare de La Bastide Puylaurent, plus haute gare du tracé du Cévenol

Le Cévenol n’est plus qu’un TER, entre Clermont-Ferrand et Nîmes. Le charme de la ligne opère toujours… mais pour combien de temps ?

 

Un train mythique

Nous étions partis de La Grand Combe. Loin d’être la plus « glamour » des étapes, cette ancienne ville minière semblait désormais bien pâle. Mais une étape vivante dans cette terre où l’accent chantait déjà le sud.

Je me souviendrais toute ma vie de l’arrivée de ce mastodonte. Ce n’était plus le temps de la vapeur, mais la BB qui escortait le vieux Corail avait fière allure. Il y avait encore 7 ou 8 voitures selon la saison. Ce train était entré en provenance d’Alès dans un bruit sourd puis s’était immobilisé devant mes yeux. Je ne l’ai pas compris de suite mais, ce jour-là, j’ai entamé ce périple d’où l’on ne revient pas : celui de l’amour indéfectible pour le voyage en train.

Il fallait grimper les marches de la voiture qui, pour moi, étaient bien trop grandes. Puis nous débouchions sur la plateforme. Ici, on actionnait la poignée rectangulaire pour ouvrir la porte sur un monde de sons, d’ambiances et d’odeurs. Celle du cuir, par exemple, de ces sièges dont on a jamais réussi à faire plus confortables.

Grand-père m’avait laissé la place à côté de la fenêtre. J’observais les autres, les malchanceux, restés sur le quai. Je me sentais privilégié de pouvoir voyager dans ce train. « Il faut que tu actionnes la manette pour le départ, le conducteur t’attends » m’a dit mon grand-père. Quelle manette ? Celle-ci ? Oui, celle-ci… J’apprendrais plus tard que ce n’était que le porte gobelet de ma tablette. Peu importe, dans ma tête j’étais désormais aux commandes du Cévenol ! Vers le haut pour accélérer, vers le bas pour ralentir.

 

 

Un voyage parfait à travers le Massif central

Nous voici partis, le long du gardon d’Alès et de la Nationale 106 que l’on domine régulièrement. Un premier arrêt s’effectuait (encore à l’époque) dans la petite gare de Sainte-Cécile d’Andorge. Ici, mon grand-père me racontait toujours la même histoire. Cette gare était le point de départ du CFD (Chemin de Fer Départemental) de la Lozère. Une ligne de train à voie métrique avec son petit « tacot » qui permettait aux villages et hameaux les plus reculés de pouvoir se déplacer. Une certaine idée du service public ! Le CFD avait disparu il y a déjà plusieurs années. Mais avant, « on pouvait pratiquement atteindre la Ponge en train, moyennant quelques frayeurs dans les virages du dernier taxi ».

Après Sainte-Cécile d’Andorge, le tracé s’élevait peu à peu jusqu’à Chamborigaud et son célèbre viaduc (je parlerais de la ligne et de ses ouvrages d’arts dans un autre article) Toujours dans le Gard, le train filait encore à bonne allure jusqu’à Villefort (48) et son lac de barrage, après avoir fait halte à Génolhac. Nous étions à nouveau en Lozère, Grand-Père Georges, le gardois, ne manquait jamais de me le rappeler ! À Villefort, on sentait déjà un changement. Dans les paysages (mais ça je ne m’en souviens pas) mais surtout dans le train. Soudain, les passagers autour de moi redevenaient un peu enfants. Terminé les mots croisés, les livres, les jeux de société et de cartes… Les plus près des vitres collaient alors leurs yeux au carreau, comme je l’avais fait pour ma part depuis le départ de La Grand Combe.

De Villefort à Langogne, le train forçait, la bête se déchaînait pour pouvoir engloutir les centaines de mètres de dénivelés et tracter toutes ces voitures. Dans un paysage de hauts-plateaux somptueux. Langogne fait aussi partie des souvenirs. Une autre fois, toujours aux côtés de mon grand-père, j’étais plus grand. Le train avait dû faire une longue halte pour un problème mécanique. Nous avions mangé au buffet de la gare, entourés de cheminots et notamment du conducteur avec qui je n’avais cessé de discuter « Tu sais, la plus belle partie de la ligne, c’est celle qui arrive ! »

Il n’avait pas tort. Les gorges de l’Allier, je m’en souviens même 25 ans plus tard ! Tantôt à droite, tantôt à gauche. Je suivais les méandres en me baladant de chaque côté du train. Cela faisait plus de 3h que nous avions quitté notre point de départ. Étrangement, je ne me souviens pas m’être une fois ennuyé. Georges était lui aussi aux aguets, à contempler cette rivière qu’il avait parcouru à pied. Car tu vois, « ici seuls passent le train et les sentiers ». J’ai du m’endormir après Arvant, dans cette partie de la ligne bien moins intéressante. Avant de retrouver mes parents et d’embrasser grand-père. Lui ? Il repartait maintenant dans l’autre sens, pour une nouvelle aventure en train le long de la ligne du Cévenol.

 

À suivre…

 

 

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Jusqu’ici, sur internet, on vous vendait toujours les destinations les plus lointaines, les plus exotiques, les plus branchées. Depuis quelques mois, c’est l’explosion de l’outdoor, du sans avion, de la micro-aventure et d’un amour inconditionnel pour la France. Dans les Terres du Milieu, ça fait plus de 6 ans qu’on le dit… … et qu’on le fait !

Patrice Villemejane – Créateur

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